Même loi, mêmes droits — mais des délais MDPH qui varient du simple au double selon le département. État des lieux en Île-de-France.
Une même région, des délais du simple au double
La durée légale de traitement d'un dossier MDPH est fixée à 4 mois par le code de l'action sociale et des familles. Le délai moyen national tourne autour de 4,1 à 4,8 mois selon les trimestres (CNSA, baromètre des MDPH) — déjà au-delà du cadre légal, à l'échelle du pays entier.
Mais l'Île-de-France concentre, à elle seule, une bonne partie des difficultés structurelles observées en France. Paris affiche un délai moyen de 5 à 6 mois. Le Val-de-Marne dépasse également les 5 mois, et a fait l'objet d'un rapport critique de la Cour des comptes en 2024. L'Essonne et les Hauts-de-Seine comptent aussi parmi les départements les plus en retard de la France métropolitaine.
Seine-Saint-Denis : l'histoire d'un redressement, à confirmer dans la durée
C'est le cas le plus intéressant de toute la région. En 2021, la MDPH de Seine-Saint-Denis affichait le pire délai d'Île-de-France : 7,1 mois en moyenne, jusqu'à 8-9 mois pour les adultes. Un stock d'environ 30 000 dossiers s'était accumulé, pour seulement 35-36 000 traités chaque année.
Une convention signée en juillet 2021 entre le département, la MDPH et la CNSA (avec une subvention de 966 000 €) a permis un accompagnement renforcé. Résultat annoncé plus récemment : un délai ramené à environ 4 mois — soit la meilleure progression de toute la région.
Une nuance à garder en tête : une autre source plus récente (fin 2025) classe encore la Seine-Saint-Denis parmi les départements dépassant les 6 mois. L'amélioration semble donc réelle, mais pas encore stabilisée dans la durée — un point à surveiller plutôt qu'un problème définitivement réglé.
Trois académies, trois échelles très différentes
L'Île-de-France scolaire se répartit en trois académies de taille très inégale. Versailles est, à elle seule, la première académie de France par ses effectifs — plus d'1,18 million d'élèves, soit près de 10% des élèves scolarisés dans tout le pays — et couvre les Yvelines, l'Essonne, les Hauts-de-Seine et le Val-d'Oise, avec 645 dispositifs ULIS recensés sur son territoire. (Académie de Versailles)
Créteil, qui couvre la Seine-et-Marne, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, représente à elle seule 53% des effectifs franciliens, avec près d'un million d'élèves. Paris, la plus petite des trois en nombre d'élèves, a néanmoins été l'une des 50 premières académies de France à bénéficier, dès 2019, de la création d'un poste de professeur-ressource spécifiquement dédié aux troubles du spectre autistique.
Cette différence d'échelle n'est pas un détail administratif : plus une académie couvre d'élèves, plus la pression sur chaque dispositif spécialisé (ULIS, AESH, professeurs-ressources) est potentiellement diluée sur un plus grand nombre de familles.
Le CRAIF, premier réflexe avant toute démarche MDPH
Avant même de déposer un dossier, le CRAIF (Centre de Ressources Autisme Île-de-France) propose un accompagnement pas à pas : comment monter une demande MDPH, quelles aides solliciter selon l'âge de la personne concernée, quelles protections juridiques existent pour les adultes autistes (curatelle, tutelle).
Côté structures d'accueil précoce, les UEMA (Unités d'Enseignement Maternelle Autisme) d'Île-de-France comptent en moyenne 6,35 équivalents temps plein par unité, dont 3,8 ETP de professionnels éducatifs (éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs) — le reste se partageant entre AESH, professionnels paramédicaux et psychologues. (ARS Île-de-France, 2021)
Plusieurs structures spécialisées maillent le territoire : l'IME Notre École et le SESSAD Aidera dans les Yvelines, l'IME Cour de Venise à Paris, l'IME "À l'École de TED et ses Amis" dans le Val-de-Marne — avec, dans les Yvelines, un dispositif d'accompagnement hors les murs (PCPE) pour les jeunes sans solution d'accueil classique.
Après le bac : des universités franciliennes "Aspie-Friendly"
Un angle rarement évoqué : l'accompagnement ne s'arrête pas au lycée. Le programme national "Construire une université Aspie-Friendly" vise à faciliter l'insertion des personnes autistes dans l'enseignement supérieur — une vingtaine d'établissements y participent en France, dont plusieurs en Île-de-France : Cergy-Pontoise, Paris-Descartes, Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne et Paris-Saclay. (CRAIF)
Concrètement, un étudiant autiste peut demander un Plan d'Accompagnement de l'Étudiant Handicapé (PAEH) — l'équivalent du PPS scolaire, mais adapté aux exigences universitaires (aménagements d'examens, tutorat, adaptations matérielles).
Les situations les plus complexes : un vrai effort récent, mais ciblé
Pour les profils les plus lourds, l'ARS Île-de-France a annoncé en 2024 la création de 8 petites unités résidentielles, chacune accueillant 6 personnes autistes en situation très complexe, adossées à des Maisons d'Accueil Spécialisées ou des Foyers d'Accueil Médicalisés.
L'URAT (Unité Renforcée d'Accueil de Transition), installée à Montlignon, est présentée comme inédite en Île-de-France : elle vise à accompagner des jeunes en rupture de parcours vers une intégration pérenne en structure adaptée, avec un objectif de délai maximal de 9 mois — un effort réel, mais qui ne concerne, par nature, qu'un nombre restreint de situations à la fois.
Questions fréquentes
Environ 5 à 6 mois en moyenne, au-delà du délai légal de 4 mois — l'un des délais les plus longs de la région.
Le Centre de Ressources Autisme Île-de-France, qui accompagne gratuitement les familles dans leurs démarches MDPH et leur apporte des informations fiables sur les droits et les structures disponibles.
Oui, via le programme national "Aspie-Friendly", auquel participent plusieurs universités franciliennes (Cergy-Pontoise, Paris-Descartes, Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne, Paris-Saclay).
Une nette amélioration a été annoncée (de 7,1 à environ 4 mois), mais des sources plus récentes suggèrent que le département reste parmi les plus lents de France — la situation demande donc à être confirmée dans la durée.
Même loi, même région — et pourtant, deux départements voisins peuvent offrir une expérience radicalement différente à une famille qui s'adresse à sa MDPH.
Cette série "Ailleurs en France" nous rappelle que l'égalité devant la loi ne garantit pas toujours l'égalité devant les délais — un sujet que nous connaissons de près, sur notre propre territoire francilien.
Pour aller plus loin
Quelques ressources fiables pour poursuivre vos démarches en Île-de-France :
- Le CRAIF — centre de ressources régional, accompagnement gratuit des familles
- L'ARS Île-de-France — structures, unités résidentielles, actualité de l'offre médico-sociale
- La CNSA — baromètre national des délais MDPH, mis à jour trimestriellement
- Notre article sur la scolarisation en France — pour le panorama national complet (AESH, ULIS, UEMA)
Sources : CNSA, baromètre des MDPH (2024-2025) ; Sénat, question écrite n°2024-241001772 ; Assemblée nationale, question n°41637 ; Craif.org ; ARS Île-de-France (2021 et 2024) ; Académie de Versailles, chiffres-clés ; Académie de Paris, chiffres-clés et page Autisme ; Autisme en Île-de-France, "Parcours de l'autisme".
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